Amedeo Modigliani
Il peignait les gens tels qu'ils se sentaient de l'intérieur — le cou allongé, la tête inclinée, les yeux sans regard tourné vers soi.






Style et technique
Modigliani ne peignit, pour l'essentiel de sa carrière, qu'un seul type de sujet : la figure humaine, généralement isolée, généralement en portrait aux trois quarts ou en nu allongé, avec un visage qui semble dériver de la sculpture non européenne et un corps étiré avec douceur au-delà de la justesse anatomique vers quelque chose qui ressemble davantage à une vérité émotionnelle.
Les visages sont la signature. Le nez est allongé, souvent légèrement tourné d'un côté ; les yeux sont en amande et fréquemment peints avec un iris ou les deux laissés vides — sans pupille, sans reflet, sans fenêtre sur l'âme au sens habituel. Le cou est trop long ; les épaules tombantes. Les figures occupent leurs toiles avec une qualité de présence physique qui est à la fois intime et distante. Elles sont proches et ailleurs.
L'allongement n'est pas une distorsion gratuite, mais une stratégie formelle : en s'éloignant des proportions anatomiques de manière cohérente et systématique, Modigliani produit des visages et des corps chargés d'un poids émotionnel sans particularité narrative. On sent que ces visages sont des personnes réelles — elles ont été observées, elles ont posé, elles ont été enregistrées — mais elles ont été transformées en un registre à mi-chemin entre le portrait et l'icône.
Ses sources directes étaient la sculpture africaine et océanienne, qu'il découvrit au Trocadéro à Paris, et qui confirma son intuition que la forme non naturaliste pouvait porter une autorité spirituelle et émotionnelle supérieure à celle de la peinture de figure académique dans laquelle il s'était formé. Il fut également profondément influencé par la simplification formelle de Cézanne et par les peintres siennois des XIIIe et XIVe siècles, dont il avait vu les figures allongées dans les églises d'Italie centrale dans sa jeunesse.
Quatre empreintes distinctives : le visage ovale allongé avec des yeux en amande et un long nez, l'œil aveugle ou tourné vers l'intérieur qui refuse la prétention du portrait conventionnel à révéler le caractère, des champs de couleur chauds et terreux derrière la figure qui aplatissent la profondeur spatiale, et une élégance constante du contour qui donne même à la pose la plus désinvolte la qualité d'une œuvre soigneusement composée.
Vie et héritage
Modigliani est né le 12 juillet 1884 à Livourne, ville portuaire de Toscane, quatrième enfant d'une famille juive italienne qui traversait des difficultés financières au moment de sa naissance. Il grandit en lisant Dante, Nietzsche et les poètes symbolistes italiens, baignant dans une atmosphère culturelle qui faisait de l'intensité, de la beauté et du sérieux artistique des engagements quasi religieux.
Sa santé était fragile dès l'enfance — il souffrit d'une pleurésie à quatorze ans qui lui laissa une faiblesse durable des poumons, et la tuberculose fut diagnostiquée dans sa vingtaine. Il étudia la peinture à Livourne, Florence et Venise, où il rencontra la grande tradition de la peinture de figure italienne et commença à comprendre ce dont il allait passer sa carrière à s'éloigner.
Il arrive à Paris en 1906, s'installe à Montparnasse et y passe quatorze ans dans des conditions allant du précaire au désespéré. Il se lie rapidement — Picasso, Soutine, Rivera, Max Jacob — et traverse l'avant-garde parisienne avec un mélange de charme, de beauté et de violence qui devint légendaire. Il boit, il se drogue, il donne ses dessins contre des repas, il est prodigue quand il a de l'argent et digne quand il n'en a pas.
Ses années de sculpteur, de 1909 à 1914 environ, produisirent une série de têtes en pierre qui comptent parmi les œuvres les plus originales du siècle, mais le travail de la taille dans la pierre éprouvait des poumons déjà compromis par la tuberculose, et il revint finalement à la peinture. Les portraits et les nus qui suivirent — le corpus principal sur lequel repose sa réputation — furent produits dans une période concentrée d'environ six ans, de 1914 à sa mort.
Son marchand fut d'abord Paul Guillaume, puis le jeune marchand polonais Léopold Zborowski, qui le prit sous son aile en 1917 et organisa l'exposition à la galerie Berthe Weill dont les peintures de nus provoquèrent un tel scandale que la police la ferma le soir de l'inauguration : la première fois, nota Modigliani avec satisfaction, qu'une exposition de peinture avait été close par la police.
En 1917, il rencontra Jeanne Hébuterne, une jeune étudiante aux Beaux-Arts qui devint sa compagne et la mère de sa fille. Elle avait dix-neuf ans quand ils se rencontrèrent ; elle en avait vingt et un quand, le matin suivant sa mort, elle se jeta d'une fenêtre au cinquième étage.
Sa réputation posthume s'imposa rapidement. En quelques années, son œuvre était collectionnée et célébrée dans le monde entier.
Cinq tableaux célèbres

Paul Guillaume, Novo Pilota 1915
Huile sur carton, 105 × 75 cm, Musée de l'Orangerie, Paris. Le jeune marchand d'art Paul Guillaume — vingt-trois ans au moment de ce portrait — fut le premier soutien sérieux de Modigliani : il acheta des œuvres, paya le loyer et prêta l'espace d'atelier où Modigliani peignit entre 1914 et 1916. L'inscription gravée dans la peinture fraîche en haut à gauche lit PAUL GUILLAUME NOVO PILOTA — « Paul Guillaume, le nouveau pilote » — une déclaration publique que ce marchand allait guider la nouvelle École de Paris. Le modèle est représenté dans la pose formelle aux trois quarts d'un portrait de la Renaissance, mais Modigliani a allongé le visage en ce masque aux yeux en amande qu'il sculptait en pierre l'année précédente. La couleur se limite à l'ocre, au noir et à la rouille — presque la palette d'un sculpteur traduite en peinture.

Portrait de Jeanne Hébuterne 1919
L'un des derniers et des plus beaux parmi les nombreux portraits qu'il fit de sa compagne Jeanne Hébuterne dans les dernières années de sa vie. Elle est représentée de trois quarts, ses cheveux sombres simplement arrangés, son long cou et sa tête inclinée portant l'allongement caractéristique de Modigliani. Le fond est un ocre chaud ; la figure est vêtue simplement. Le visage présente les yeux vides habituels — les deux iris non peints — donnant au portrait une qualité d'absorption intérieure tout à fait différente du regard tourné vers l'extérieur du portrait conventionnel. Il la peignit des dizaines de fois ; celui-ci est parmi les plus sereins.

Portrait de Jean Cocteau 1916
Huile sur toile, 100 × 81 cm, Henry and Rose Pearlman Foundation (en prêt au Princeton University Art Museum). Peint à l'automne 1916 dans l'atelier que Modigliani partageait alors avec le marchand Léopold Zborowski. Cocteau, qui avait vingt-six ans, venait de publier *Le Potomak* ; il allait bientôt monter *Parade* avec Picasso, Satie et Diaghilev. Cocteau écrira plus tard que le portrait « ne me ressemble pas, mais il ressemble à Modigliani — ce qui vaut mieux ». La cravate étroite, le haut col blanc, le mouchoir désinvolte dans la poche de poitrine : un jeune dandy de l'avant-garde. Modigliani a étiré la tête en un long ovale et l'a inclinée sur la colonne du cou — la géométrie du masque africain absorbée auprès de Brâncuși transposée sur un intellectuel parisien. La couleur est réduite au bleu profond, au sang-de-bœuf et au beige chaud de la peau.

Portrait de Chaïm Soutine 1916
Huile sur toile, 100 × 65 cm, collection Stavros Niarchos. L'un des plusieurs portraits que Modigliani fit de son ami le plus proche à Paris — le peintre d'origine lituanienne Chaïm Soutine, qui vécut par périodes dans l'atelier de Modigliani et partagea sa pauvreté et ses addictions. Les deux étaient inséparables à Montparnasse : Soutine était maladroit, malpropre, ne parlant que le yiddish et un français approximatif, et c'est Modigliani qui l'emmenait dans les galeries et lui corrigeait ses manières à table. Le portrait fixe Soutine de face, le large visage remplissant la toile, les yeux doublés par le masque sans pupilles caractéristique de Modigliani mais restant clairement individuels — paupières lourdes, lèvres épaisses, l'intelligence maussade que portait Soutine. L'inscription SOUTINE en haut à gauche nomme le modèle aussi directement qu'une étiquette. Après la mort de Modigliani en 1920, Soutine garda cette toile auprès de lui jusqu'à la fin de sa vie.

Portrait de Léopold Zborowski 1916
Un portrait de son marchand et ami, qui le prit en charge alors qu'il était à son moment le plus difficile et lui resta fidèle jusqu'à la fin. Zborowski est représenté de trois quarts, vêtu d'un costume sombre, les mains visibles. Le visage est un Modigliani typique — long, légèrement anguleux, avec un œil légèrement plus haut que l'autre — mais ce portrait se distingue de ses commandes plus formelles par une chaleur particulière. Le fond est d'un brun chaud et uni. Le tableau est l'un des plusieurs qu'il fit de Zborowski et de son entourage — des portraits domestiques qui dégagent la sensation de personnes à l'aise d'être vues.



