Gustave Courbet

Mouvement
Période
1819–1877
Nationalité
French
Dans le quiz
19 tableaux
El origen del mundo by Gustave Courbet (1866)
Un entierro en Ornans by Gustave Courbet (1850)
El taller del pintor by Gustave Courbet (1855)
El desesperado (Autorretrato) by Gustave Courbet (1845)
Las bañistas by Gustave Courbet (1853)
El mar en calma by Gustave Courbet (1869)

Style et technique

L'ensemble du projet de Courbet était une provocation. La peinture française des années 1840 obéissait à une hiérarchie claire : au sommet la peinture d'histoire, puis le portrait, puis le paysage, puis la peinture de genre, enfin la nature morte. Les sujets historiques et mythologiques se traitaient en grand format ; les sujets de la classe ouvrière, quand on les peignait, se traitaient en petit. Courbet renversa purement et simplement cette logique.

Dans « Un enterrement à Ornans » (1850), il peint les funérailles d'un obscur provincial anonyme sur une toile de près de sept mètres de large — le format réservé aux morts héroïques des généraux romains et des martyrs chrétiens. Les endeuillés sont ses voisins. Le prêtre est le curé du village. Personne n'est idéalisé. Le tableau est énorme, délibéré, et profondément offensant pour les critiques qui comprennent immédiatement qu'il constitue un argument sur les vies qui méritent d'être commémorées à cette échelle.

C'est la naissance du Réalisme comme mouvement. Courbet en fut le porte-parole autoproclamé et n'en sous-estima pas l'importance. Il rédigea des manifestes, organisa des expositions indépendantes en dehors du Salon officiel et se servit de sa peinture comme d'un outil de combat culturel.

Quatre marques distinctives : des figures de dimensions monumentales dans des contextes prosaïques, la spécificité matérielle de la terre, de la roche et de l'eau (il était magnifique en paysage), des textures au couteau qui confèrent à la surface un caractère presque sculptural, et un engagement envers le désagréable, le pesant et le non-héroïque comme sujets propres à l'art.

Ses nus comptent parmi les plus désinhibés de la peinture occidentale. « L'Origine du monde » (1866) — un gros plan clinique des organes génitaux féminins — est resté dissimulé derrière des rideaux dans des collections privées pendant cent vingt-sept ans avant d'entrer au Musée d'Orsay en 1995.

Vie et héritage

Courbet naît le 10 juin 1819 à Ornans, bourgade aux falaises calcaires de la région de Franche-Comté, dans l'est de la France, près de la frontière suisse. Son père est un prospère fermier. Il monte à Paris en 1839, officiellement pour étudier le droit, et s'inscrit aussitôt dans des ateliers de peinture. Son style mature est largement autodidacte — il étudie les maîtres anciens au Louvre, en particulier Vélasquez, Hals et Rembrandt, et ramène leur franchise directe à des sujets contemporains.

Son premier grand succès au Salon est « L'Après-dîner à Ornans » (1849), qui remporte une médaille. L'année suivante, il présente « Un enterrement à Ornans » et « Les Casseurs de pierres » — deux œuvres de grand format, toutes deux traitant la vie provinciale ordinaire avec la dignité formelle de la peinture d'histoire. La réaction critique est divisée et furieuse.

Sa promotion de lui-même est stratégique et incessante. Il cultive son image d'outsider provincial, d'homme du peuple, de peintre qui n'a que faire de la prétention académique. Il porte le béret, affecte des manières de paysan dans les salons parisiens à la mode et accorde des interviews aux journaux. Il est aussi charmant, drôle et imposant — plus d'un mètre quatre-vingt, avec une barbe spectaculaire et un appétit légendaire pour la nourriture, le vin et les femmes.

En 1855, lorsque deux de ses plus grands tableaux sont refusés à l'exposition officielle de l'Exposition universelle, il fait quelque chose d'inédit : il fait construire son propre pavillon devant les grilles de l'exposition, y appose une enseigne portant « Réalisme, G. Courbet » et ouvre sa propre exposition personnelle. Il y perd de l'argent mais gagne l'argument.

La Commune de Paris de 1871 le détruit. Élu à la Fédération des artistes sous la Commune, il accepte de présider la Commission des arts, qui supervise le renversement de la colonne Vendôme — monument à la victoire napoléonienne — comme symbole de l'impérialisme. Quand la Commune tombe, Courbet est arrêté, jugé et condamné à six mois de prison et à une amende de 500 francs.

Il passe en Suisse en 1873 et meurt à La Tour-de-Peilz le 31 décembre 1877, à cinquante-huit ans, des suites de l'alcoolisme et d'une maladie du foie. Le gouvernement français saisit ses œuvres et ses biens restants en règlement de la dette.

Cinq tableaux célèbres

Un enterrement à Ornans by Gustave Courbet (1850)

Un enterrement à Ornans 1850

Le tableau qui lance le Réalisme français comme mouvement. Des funérailles dans un cimetière de province — l'enterrement du grand-oncle de Courbet — sont montrées sur une toile de 315 sur 668 centimètres : les dimensions d'une peinture d'histoire. Cinquante figures identifiables — le maire, le prêtre, le fossoyeur, le chœur, les endeuillés — se tiennent debout ou à genoux autour d'une fosse ouverte. Personne n'est particulièrement héroïque ; chacun est particulier. Le ciel est gris et lourd. Présenté au Salon de 1851, le tableau suscite un scandale critique précisément à cause de ses dimensions : il affirme que cet enterrement, ces gens, ce moment méritent la même attention visuelle que la mort de César. Il est conservé au Musée d'Orsay.

L'Origine du monde by Gustave Courbet (1866)

L'Origine du monde 1866

Un petit tableau — 46 sur 55 centimètres — représentant une figure féminine allongée à partir de la taille, dans un état de franchise physique absolue. Pas de visage, pas de prétexte mythologique, pas d'allégorie : rien que le corps. Il est commandé par le diplomate turc Khalil Bey, qui le conserve derrière un rideau dans son appartement parisien. Son histoire ultérieure comprend sa possession par le psychanalyste hongrois Lacan, qui le maintient lui aussi derrière un rideau — peint par son beau-frère André Masson d'un paysage enneigé. Le gouvernement français l'acquiert en 1995 en paiement de droits de succession et l'installe au Musée d'Orsay, où il reçoit aujourd'hui plus de visiteurs que tout autre tableau du musée.

L'Atelier du peintre by Gustave Courbet (1855)

L'Atelier du peintre 1855

Une toile de près de six mètres de large — 361 sur 598 centimètres — et l'une des déclarations personnelles les plus ambitieuses de l'histoire de la peinture. Courbet la décrit comme « une allégorie réelle de sept années de ma vie artistique et morale ». Il se représente au centre, en train de peindre un paysage, entouré à gauche de figures de sa province natale (un chasseur, un paysan, un juif, un prêtre) et à droite de ses amis et soutiens parisiens, parmi lesquels le critique Champfleury et l'écrivain Baudelaire. Le modèle qui vient de se dévêtir se tient derrière lui ; l'enfant regarde son tableau. Elle est présentée dans son pavillon indépendant du « Réalisme » en 1855. Elle est conservée au Musée d'Orsay.

La Vague by Gustave Courbet (1870)

La Vague 1870

Courbet passe les années 1860 à réaliser une série de marines sur la côte normande, et les tableaux de vagues comptent parmi les paysages les plus techniquement ambitieux du siècle. Une seule et énorme vague, dont la crête commence à se déferler, occupe la majeure partie de la toile. Le ciel au-dessus est d'un gris-vert strié de nuages ; au premier plan s'étend une plage plate. Courbet peint la surface de la vague avec des couteaux chargés de gris, de blanc et de bleu pâle — le résultat est presque sculptural, l'écume possédant une présence physique que le travail au pinceau plat ne peut atteindre. Il en réalise des dizaines de versions. Celle-ci est conservée à la Hamburger Kunsthalle.

L'Homme désespéré (Autoportrait) by Gustave Courbet (1845)

L'Homme désespéré (Autoportrait) 1845

Un autoportrait de jeunesse, peint quand Courbet avait vingt-cinq ans et n'était pas encore célèbre. Il se représente de très près — le visage occupe presque toute la toile —, se saisissant les cheveux des deux mains, les yeux grands ouverts et écarquillés, l'expression concentrée de quelqu'un qui vient d'avoir une frayeur. Le titre est théâtral et lucide : Courbet, dès vingt-cinq ans, avait compris la valeur de se présenter comme un personnage passionné et impétueux. Le cadrage très rapproché du tableau était inhabituel pour le portrait de l'époque et ressemble presque à une photographie. Plusieurs études préparatoires existent ; la version définitive est dans une collection privée.